Revue de Presse

Le Télégramme Publié le 04 novembre 2013

Lors de ses multiples collaborations avec son frère Jean-Charles (notamment au sein d’Ar Re Yaouank), Fred Guichen a déjà marqué la musique bretonne d’une empreinte profonde. Quinze ans après « La lune noire », l’accordéoniste diatonique propose un nouvel album sous son nom. Avec son équipage expert (Jacques Pellen et Dan Ar Braz aux guitares, Jean-Michel Veillon aux flûtes, Ronan Le Bars au uillean-pipes, Sylvaine Guichen au violon et Pat Péron aux claviers), il emporte l’auditeur dans un « Voyage Astral », parsemé d’aventures et de rencontres. Le Costarmoricain possède une virtuosité rare, qu’il met toujours au service de la beauté des thèmes et des mélodies qu’il compose. Le chant des baleines (« Océan ») donne le départ d’une odyssée instrumentale aux confins de la mer et du ciel. Fred Guichen glisse des influences irlandaises et écossaises (« Gordon Duncan ») dans des pièces s’apparentant parfois à de la musique de chambre (« Ascension »). Les danses y sont bienvenues, à l’instar de la rayonnante « Valse à Johan ».

Frédéric Jambon

« Le Voyage Astral » (Paker Prod/Coop Breizh)
© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/ig/loisirs/musique/fred-guichen-04-11-2013

Chronique Album  » Le Voyage Astral » Par Stephane Fougère .

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Fred GUICHEN – Le Voyage astral www.rythmes-croises.org/fred-guichen-le-voyage-astral/
Stephane Fougere
Fred GUICHEN – Le Voyage astral (Paker Prod. / Coop Breizh)
Pour un musicien, il y a un temps pour partir à la conquête du monde avec un groupe de potes qui cassent la baraque et se font un nom, et il y a un temps pour se poser, se regarder en face et se demander qui on est vraiment. Parce qu’on ne peut rester toute sa vie un « yaouank » ni passer son temps en famille, avec son frère, il faut à un moment cultiver son propre jardin, chercher (et tant qu’à faire trouver) qui on est, à travers ce que l’on ressent réellement au fond de soi. C’est ainsi que l’heure de l’introspection a sonné pour Fred GUICHEN.
Pour ce faire, l’accordéoniste de l’Argoat n’y est pas allé par quatre chemins et a choisi de « sortir de son corps » pour mieux creuser son âme, tenter cette expérience que l’on nomme « voyage astral ». De cette expérience « tripale », Fred GUICHEN a ramené des sensations, des émotions, bref des choses à dire qui l’ont poussé à enregistrer un album solo qui ne ressemble pas à ce qu’il a pu faire à l’époque avec les YAOUANK, ni avec son frangin Jean-Charles.
Ce n’est pas une première, plutôt une récidive. Il y a quinze ans, le virtuose du diatonique avait déjà effectué un premier recueillement sous La Lune noire. Le voici désormais prêt à aller plus loin, plus haut, vers d’autres étoiles, avec pour tout viatique son clavier à bretelles. Avec cet album, Fred GUICHEN prend donc les voiles, loin des guinches des festoù-noz, et livre un recueil de onze compositions à écouter chez soi, au coin du feu, dans sa chambre, où vous voulez, l’esprit libre et les sens en éveil. Ce n’est assurément pas de la musique à danser, même si celle-ci – atavisme oblige – nourrit certaines compositions de ce Voyage astral. Après tout, rien n’empêche de méditer en tapant du pied, non ?
Bref, si le premier opus de Fred GUICHEN était lunaire, celui-ci se veut océanique. Notre musicien argoatien se fait significativement plus armoricain, laissant les bocages pour le littoral, voire au-delà. C’est en effet sur un fond de chant de baleines que Fred anime son clavier de ses doigts fertiles (Ocean). Le voyage commence sur la mer et, à la faveur des caprices des éléments, délaisse les lignes d’horizon pour effectuer un décollage vertical (Ascension, et ses douze minutes « en chambre »).
A chaque étape de son voyage dans cette autre dimension, Fred GUICHEN se trouve des compagnons de route, un ou deux à chaque fois, pas plus. Son clavier croise ainsi les subtiles cordes de Jacques PELLEN et de Dan AR BRAZ, se fait porter par le souffle de la flûte traversière et des tin whistles de Jean-Michel VEILLON, décuple son chant au contact de l’uillean pipes de Ronan LE BARS, glisse sur les nappes de claviers de Patrick PERON et baguenaude dans les sinuosités du violon de Sylvaine GUICHEN.
Tous traversent les dimensions astrales avec un sens poétique aiguisé, transperçant l’Ombre des brumes, pour monter au ciel sur Des bulles et peindre avec les Couleurs de l’Infini avant de nous inviter à franchir « la porte rouge », derrière laquelle on peut enfin voir… la Lumière.
1/2
Les magnifiques illustrations de pochette et de livret réalisées par David PELLET dans un registre figuratiffantastique jouent précisément de cette connexion tacite entre la mer et le ciel : les vagues de la tempête s’enroulent et tourbillonnent (comme les notes de l’accordéon « guichenien ») à tel point qu’elles forment des volutes sidérales, des trouées galactiques. Une seule illustration nous ramène sur Terre, en plein monde celtique évidemment, dans les Highlands écossaises, qui ont apparemment inspiré les titres Gordon Duncan et Loc’h. Car toutes ces rêveries astrales ne font pas oublier à Fred GUICHEN le sens du rythme de la danse, comme en témoignent des titres tels que Lady Dance, Valse à Johan ou The Red Door.
Au cours de ce Voyage astral, Fred GUICHEN combine donc les enivrements de l’esprit aux griseries du corps, tout en s’affranchissant avec sagacité et délicatesse des figures imposées par les genres, qu’il s’accapare à sa façon selon les contours et les humeurs de sa vision intérieure. Voilà assurément un disque à part dans toute la discographie bretonnante à base d’accordéon, mais qui n’en reste pas moins accessible et qui saura titiller les papilles auditives de tout mélomane avide d’aventures en quatre dimensions.
Stéphane Fougère .

L’Echo de L’Argoat :

Le Voyage Astral. C’est le nom du dernier album de Fred Guichen. Avec un titre aussi inspiré, il fallait s’attendre à quelque chose de différent. C’est le cas. Fred Guichen continue d’explorer de nouveaux horizons. « J’ai réalisé quelque chose d’intime, d’initiatique. On se pose tous, un jour ou l’autre, cette question de savoir le sens la vie, à quoi ça sert, qu’est ce qui va se passer… C’est un peu tout ça le voyage astral, un trip sur le fait de sortir de son corps ». Fred Guichen est allé chercher au plus profond de lui un message et des sensations qu’il veut faire passer à son public. Et ça marche à merveille. On entre, avec le Voyage Astral, dans une autre dimension.
Une brochette de musiciens
Le virtuose du diato exprime une très grande sensibilité musicale et nous plonge dans des genres très différents, allant jusqu’à flirter avec le classique, le jazz, le blues. On n’est jamais loin non plus de l’univers Tiersen. Et quelques secondes d’écoute suffisent aussi à identifier les grands musiciens qui accompagnent Fred Guichen sur son nouvel album, tant ils ont un style, des sonorités et une façon de jouer reconnaissables entre mille : Dan Ar Braz et Jacques Pellen aux guitares, Ronan Le Bars au uilleann-pipes, Jean-Michel Veillon à la flûte, Patrick Péron au clavier et Sylvaine Guichen aux violons…
Après la lune noire…
L’accordéoniste de l’Argoat avait sorti La Lune Noire en 1998. « C’était ma première expérience de ce type, à 25 ans. Aujourd’hui, j’en ai 40 et je produis le deuxième volet. Ça fait dix ans que je travaille sur ce projet et j’ai réuni plusieurs amis musiciens pour créer un face à face musical entre moi et eux ». Fred voulait « aller à l’essentiel, établir un dialogue entre quelques artistes, sans trop d’effet ».
Le Voyage Astral, c’est aussi, pour Fred Guichen, l’occasion de se poser : « C’est ce que je suis aujourd’hui. Quand tu as 15 ans, tout va à fond, faut que ça bouge, tu envoies et il faut mettre le feu. Mais à un moment donné tu dis stop, tu résistes au trop speed, à cette tentation de vouloir tout zapper, tout le temps. Là, j’ai eu envie de raconter une histoire et ça m’a détendu », détaille Fred Guichen. Mission accomplie donc pour l’artiste qui voulait faire un disque sans forcément vouloir le jouer en public ou sur scène.

http://www.lechodelargoat.fr/2013/11/03/le-voyage-astral-le-nouveau-cd-de-fred-guichen/

Fred Guichen 001 Web photo © Eric Legretfred-guichen

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